Dans cet article
- Une session rapide de 1968 pour un 2e mouvement lent
- Le nom « Romance » choisi par Chopin
- Ce que signifie réellement « faire chanter le piano »
- Le rubato n’est pas l’art de ralentir à volonté
- Même dans ce chant paisible, une ombre surgit soudain
- Trois repères pour garder en mémoire la longue mélodie
- Ce qu’il faut savoir avant d’écouter le Larghetto de Chopin
La réponse en bref
Martha Argerich a enregistré le Concerto pour piano no 1 de Chopin avec le London Symphony Orchestra dirigé par Claudio Abbado. Le 2e mouvement, Romance–Larghetto, pose une longue ligne du piano soliste sur le fond délicat de l’orchestre. Dire que « le piano chante » ne signifie pas allonger chaque note : la mélodie de la main droite donne une direction à la phrase comme un souffle, tandis que la main gauche et l’orchestre maintiennent son cours.
Trois étapes pour entendre le chant du Larghetto
- Cet enregistrement réunit Martha Argerich, Claudio Abbado et le London Symphony Orchestra.
- Dans le 2e mouvement, la destination de la longue ligne et des ornements à l’intérieur de la phrase importe davantage que la virtuosité rapide.
- Le rubato n’abolit pas la pulsation : la mélodie avance ou demeure un instant pendant que l’accompagnement préserve le mouvement général.
Pour aller plus loin
Une session rapide de 1968 pour un 2e mouvement lent
Le disque a été enregistré avec Martha Argerich au piano, Claudio Abbado à la direction et le London Symphony Orchestra. La préparation s’est déroulée rapidement à Londres le 12/2/1968, et quatre sessions ont permis de graver les concertos de Chopin et de Liszt.
La rapidité du calendrier de production ne dit rien du tempo musical. Dans le Larghetto de cet enregistrement, repérez la fin de chaque phrase et la manière dont l’orchestre maintient la grande pulsation pendant les suspensions du piano. Distinguer la vitesse de la séance de l’impression produite par l’interprétation permet de décrire ce qui est réellement entendu.
Le nom « Romance » choisi par Chopin
Le Concerto en mi mineur op.11 de Chopin se compose d’un 1er mouvement Allegro maestoso, d’un 2e mouvement Romance et d’un 3e mouvement Rondo. Le tempo du 2e est indiqué Larghetto.
Il n’est pas nécessaire de transformer Romance en histoire d’amour précise. On entend d’abord une manière intime de parler : l’orchestre ouvre l’espace, puis le piano entre avec une ligne proche du monologue plutôt que du grand discours ; les ornements circulent autour de la mélodie principale comme une broderie.
Ce que signifie réellement « faire chanter le piano »
Après l’attaque, une note de piano ne peut ni grandir seule ni être soutenue comme par une voix. Le pianiste crée l’illusion de la continuité grâce au volume et au moment d’arrivée de la note suivante. Cette liaison constitue le « chant » du piano.
Dans la main droite d’Argerich, cherchez le sommet de la longue phrase avant de fixer l’impression laissée par chaque note. Vers quelle note le son croît-il, comment se détend-il après le point culminant, l’ornement passe-t-il devant la ligne principale ? Ces repères permettent de décrire concrètement le phrasé.
Le rubato n’est pas l’art de ralentir à volonté
On explique souvent rubato par l’idée de « voler » du temps, mais la pulsation générale ne disparaît pas. Si la mélodie demeure un instant sur une note, elle retrouve ensuite son mouvement ; la main gauche et l’orchestre conservent la grande pulsation. L’élasticité ne se perçoit que par rapport à un repère.
Pour observer l’entente entre Argerich et Abbado, rapprochez le moment où le piano retarde légèrement son geste de l’entrée suivante de l’orchestre. Comparer, passage par passage, lequel du soliste ou de l’ensemble indique d’abord la direction révèle comment l’élasticité du tempo se règle au sein du concerto.

Même dans ce chant paisible, une ombre surgit soudain
Le 2e mouvement ne conserve pas la même température du début à la fin. Lorsque la couleur s’assombrit et que la tension augmente au centre, la douce mélodie prend un autre visage. Son retour ne paraît donc pas une simple répétition, mais un chant chargé du temps traversé.
Pour la première écoute, retenez seulement trois parties : « douceur – milieu assombri – retour du chant ». La fois suivante, repérez le petit changement qui précède le milieu et les ornements transformés après le retour. Le mouvement d’un sentiment qui s’éloigne puis revient devient naturel.
Trois repères pour garder en mémoire la longue mélodie
Où que vous rencontriez cette musique, peu importe si son titre ne revient pas immédiatement. Trois impressions suffisent pour la prochaine écoute : la longue ligne du piano, la réponse de l’orchestre et le changement de couleur au centre.
Mahina Vegan Table souhaite faire coexister naturellement musique classique et repas. Dans ce journal, nous poursuivons les histoires de compositeurs, d’interprètes et de formes afin que toute mélodie retrouvée ailleurs puisse être écoutée plus précisément.

Ce qu’il faut savoir avant d’écouter le Larghetto de Chopin
- Comment s’intitule le 2e mouvement du Concerto pour piano no 1 de Chopin ?
- Le mouvement porte le titre Romance et l’indication de tempo Larghetto ; on le désigne aussi sous la forme Romance–Larghetto.
- Qui dirige et quel orchestre accompagne Argerich dans cet enregistrement ?
- Claudio Abbado dirige le London Symphony Orchestra.
- En quoi le rubato diffère-t-il d’une pulsation erronée ?
- Le rubato conserve une grande pulsation vers laquelle revenir. Le temps pris dans une phrase retrouve son équilibre dans la suite, de sorte que la direction musicale demeure.
- Peut-on commencer par le seul 2e mouvement ?
- Oui. Une fois la mélodie du Larghetto devenue familière, l’ample ouverture du 1er mouvement et le rondo du 3e feront mieux entendre les contrastes de l’ensemble du concerto.
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